Publié le 09/10/2007 à 10:10
(merci à
Palpitt pour cette contribution !)
Ça y est, c'est la rentrée et,
comme prévu, la "Facebook mania" a envahi la France,
le site est venu en quelques mois chatouiller les pieds de Myspace en
tête des sites les plus visités de France.
Facebook, en chiffres :
Selon l'
étude publiée récemment par
FaberNovel
Consulting, Facebook compte 42 millions d'utilisateurs actifs,
dont 127 000 en France (l'étude ne prend en compte que le network
"France"), ce sont des jeunes mais pas seulement (31% des utilisateurs
de Facebook seraient dans la tranche 18-24 contre 41% pour les plus de
35 ans). La plateforme bénéficie en outre de bonnes statistiques de
fréquentation avec 20 minutes passées en moyenne sur le service.
"Le militantisme en ligne a outre-Atlantique une longueur
d'avance"
Nous l'avons vu, dans la campagne US, les réseaux sociaux ne sont pas
utilisés en dilettante, ils ont été ajoutés aux autres outils de la
campagne en ligne, officialisés, de réseaux en réseaux certains
candidats ont obtenu une vraie popularité sur Myspace, Facebook, et
autres. Certains contenus ou publications sont
exclusivement adaptés à leurs utilisateurs.
Par exemple,
Barack Obama n'est pas en tête des
sondages mais bénéficie du
soutien le plus important sur ces nouveaux réseaux,
161000 amis sur Myspace, 32000 conctacs sur Facebook. Un des groupes de
supporters les plus importants du candidat a été créé par une étudiante
de 21 ans. Le dossier en 5 chapitres de
Jordan Ricker
intitulé "
Facebook : la politique 2.0" nous en apprend plus :
"Un autre groupe très important soutient le sénateur de
l'Illinois : Students for Barack Obama, créé par Meredith Segal, 21 ans,
en 2006. Devenu un organe politique structuré, il compte des dizaines de
milliers de membres, des comités dans plus de 80 universités, un
directeur des opérations de terrain, un directeur Internet, un directeur
de l'équipe de bloggers et un directeur des finances. (...) Le groupe
organise des manifestations qui réunissent plusieurs milliers de
sympathisants, et auxquelles participe parfois Obama lui-même."
C'est aussi le cas d'
Hillary Clinton,
cet article du Figaro en fait état :
"la sénatrice de New-York utilise Facebook pour se
constituer une base de supporters mobilisables rapidement et de
recueillir en temps réel leurs réactions à ses interventions ou
propositions"
A ce stade il est certain que les réseaux sociaux jouent un rôle
important dans la campagne U.S. : fédérateurs, rassembleurs, Facebook
comme Myspace semblent être de bons moyens d'étendre la visibilité d'un
candidat et de créer plus rapidement qu'ailleurs des communautés de
soutien. Pour autant, ces "amis" seront-ils convertis en bulletins de
vote ? pas si sûr.
Impact des réseaux sociaux sur les intentions de vote
Les
premières
études sur l'influence des réseaux sociaux sur les intentions de
vote des internautes américains vont pourtant dans ce sens :
"53% de la population déclarent être plus suceptibles de
voter pour un candidat après avoir checké son profil Facebook, MySpace
ou autres (62% de ces personnes ont plus de 30 ans)."
Si selon ces
études il semblerait y avoir un certain
lien de
proportion entre le nombre de soutiens et le pourcentage de voix
obtenues, l'impact réel resterait au final limité. Il s'agirait plus
d'un indice qualitatif que quantitatif, à la manière d'un indicateur de
tendances.
Les réseaux sociaux : "chambres d'écho et porte-voix efficaces de
l'opinion"
Si Facebook ne permet pas à lui tout seul de peser sur le résultat d'un
scrutin, il devient "
une phénoménale chambre d'écho et un indicateur
performant des préférences des citoyens pour une cause ou un candidat".
Il est certain d'autre part que les premières initiatives bénéficieront
de l'aura médiatique qui semble déjà exister autour du support et, un
peu comme
Second Life pendant la campagne pour la
présidentielle : les politiques ne devraient pas en faire l'économie.
Valerio Motta, le secrétaire national du
MJS, fait d'ailleurs sur Facebook à peu près le même
commentaire que
Benoît Thieulin sur SL : l'intérêt futur de Facebook
résidera surtout dans sa bonne médiatisation.
Voyons de plus près les avantages que peut apporter l'utilisation de
Facebook en politique, quelques pistes de réflexion :
- Un plus grande proximité entre l'élu et ses sympathisants
Toujours chez
Fluctuat :
"Au-delà de la communication de campagne, l'activité des candidats sur
ces sites les rendent, en apparence au moins, plus accessibles,
authentiques. Elle peut aussi initier la discussion entre les
sympathisants, intégrer leurs préoccupations politiques à une vie
sociale en ligne dynamique, faciliter les connections et encourager la
participation hors-ligne."
Facebook permet de créer un lien de proximité très important entre le
militant et celui qu'il supporte, notamment grâce au newsfeed, qui
informe chaque utilisateur de la moindre des actions en ligne de ses
contacts. L'effet réseau est démultiplié grâce à de nombreuses
applications basées sur le lien social ("socialistic" par exemple), "une
combinaison diablement efficace de communication push non-invasive" nous
explique t-on chez
Netpolitique. Bien sûr, condition
sine qua non, le succès de l'opération résidera dans
l'implication réelle du candidat sur le support : il faut, comme avec le
blog, en comprendre les codes et les usages, il faut jouer le jeu
("having a Facebook profile doesn't automatically make you cool"), tenir
un discours cohérent, tout en soignant ses interventions, bref
"habiter" la plateforme pour être crédible (on sait
que la sanction du réseau peut être
sévère et que les groupes "anti" sont parfois plus
vite créés que les groupes "pro"). Il faut y être actif pour exister,
c'est une activité chronophage pour un élu :
hyperconnectivité,
techno-dépendance, voilà les dangers qui le guettent.
- Des usages inédits :
Les Démocrates britanniques se servent déjà de la plate-forme pour
définir leur programme. En France, la première
initiative du genre est à attribuer à
Christophe
Grébert : ce dernier propose de réfléchir à la création d'un
e-parti, qui "utilisera à
plein les outils Web 2.0", et utilise la plate-forme pour les premiers
débats. Le nom de domaine "e-parti.fr" nous redirige directement vers le
groupe sur Facebook.
- Un support pour une action locale
En France, c'est à Paris que ça commence :
Bertrand Delanoë (947 "friends") et Anne Hidalgo sont
les premiers à avoir fait parler d'eux. L'idée vient de militants locaux
qui se sont inspirés de la "netscouade" de Ségolène Royal. Les premiers
billets autour de leur présence sur Facebook font aussi état d'une
proximité avec leurs supporters et leurs pairs, ils sont
symptomatiques. Car au delà des
anecdotes, des groupes naissent et s'activent
localement. Avec des applications comme "Neighborhoods" ou "Where I am
?", l'outil semble en outre bien adapté à la formation de communautés
géographiques.
- pour le marketing politique ?
Selon cet article de
CNN, les utilisateurs du réseau représenteraient une
partie de la population, les jeunes et jeunes adultes,
traditionnellement difficile à cibler parce que dispersée.
Le cas est légèrement différent en France : les étudiants, ces "early
adopters" (cf.
FaberNovel), sont dans une phase de
découverte et semblent pour l'instant plus utiliser Facebook pour sa
fonction première (se "socialiser", retrouver d'anciennes connaissances,
etc.) que pour s'impliquer dans un groupe quel qu'il soit (participer
aux discussions, publier du contenu, s'engager), certains comme
Natacha QS, qui est citée en exemple dans l'étude de
FaberNovel, ont un petit train d'avance sur les usages.
- Pour sonder l'opinion et analyser sa communauté
Facebook pourrait jouer le rôle de
thermomètre, voire de support d'
analyse profonde de sa communauté. Mais là encore,
tout reste à faire et c'est un travail immense. Imaginez la somme
d'informations à traiter, analyser, et interpréter (A supposer qu'elles
soient mises à disposition volontairement) : messages publics, relations
entre supporters, préférences, réactions à tel ou tel propos.
- Pour rassembler ses supporters
Facebook permet plus, à l'heure actuelle, de recruter des supporters que
des électeurs potentiels. La plupart des partis français possèdent leurs
groupes, cf ma
note publiée sur Facebook
certains de ces groupes ont été actifs pendant les
législatives (ou la présidentielle) et sont maintenant à l'abandon,
d'autres ont été créés par des supporters depuis l'étranger, la plupart
par des étudiants (cf. l'âge moyen des "creators"), initiatives de
supporters, de militants ?
Le groupe le plus important en terme de membres est celui de l'UMP avec
757 adhérents (contre 570 début septembre), le PS arrive en seconde
position avec ses 375 membres, 293 pour le Modem. Cela dit, aucun de ces
groupes n'a officiellement été désigné comme Le groupe du parti.
Au final, notons que s'il parait facile de récolter plusieurs centaines
de supporters rapidement (quand il faut plusieurs mois pour constituer
une mailing list bien ciblée), encore faudrait-il évaluer le
degré d'implication et d'engagement au delà du
support. Certes, il est facile de "rejoindre" un groupe, mais il faut
aussi noter que la plupart des internautes s'incrivent sur le service
avec leur identité réélle (nom + prénom), ce qui représente déjà en soi
une forme d'engagement sur la Toile.
- et pour les fédérer autour d'un évènement
Facebook pourrait devenir efficace pour communiquer sur un évènement,
grâce à un aspect viral bien développé. On peut rapidement créer un
groupe et lancer les premières invitations, ceux qui hésitent voient en
un coup d'oeil ceux qui ont déjà accepté, ceux qui ne seront pas
présents mais qui étaient invités, c'est l'effet boule de neige.
(billet contribué par
Palpitt)
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