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Paris Match : le poids des mots, le choix des photos »

Publié le 20/12/2007 à 00:12

Paris Match plie sous le joug d'une nouvelle direction soucieuse de ne pas déranger l'Elysée. Le reportage « muet » sur Nicolas Sarkozy et la possible embauche d'Anne Fulda finissent de pourrir une atmosphère déjà lourde d'un plan social.
La direction de Match a-t-elle censuré un portrait de Carla Bruni dans le dernier numéro ? L'information, diffusée par l'AFP et et certains sites, ne semble pas avérée : l'article, jugé banal par la rédaction en chef a été trappée comme cela arrive fréquemment, ce qui ne veut pas dire que tout va pour le mieux dans l'hebdomadaire du groupe Lagardère. Les journalistes ont rué dans les brancards lors du bouclage du numéro de cette semaine. En cause, les 16 pages de clichés de Nicolas Sarkozy réalisés par Bettina Rheims (de l'agence H&K) pour le numéro du 19 décembre : « excellent sujet photo », selon Caroline Manguez, grand reporter à la rédaction, il est resté muet du commentaire habituel sur le « cadre » du reportage. « On a le choc des photos, mais il manque le poids des mots », déplore un membre de la Société des journalistes (SDJ). Proposée par l'agence H&K, la série de portraits aurait dû être complétée par des éléments tirés de l'interview de la photographe, voire d'un compte-rendu réalisé par un journaliste ayant assisté aux prises de vues.

« H&K nous a fait dire que Bettina Rheims refusait de répondre à nos questions, » explique un membre de la SDJ. Le secrétariat de la directrice de l'agence, par ailleurs responsable des négociations avec Paris Match, refuse de commenter une polémique « qui n'en est pas une », selon elle. L'agence, dont la photographe aurait été choisie par l'Elysée, semblait, selon un journaliste, « ne rien vouloir faire qui puisse froisser la présidence de la République. » L'agence H&K travaillait-elle pour Nicolas Sarkozy ou pour Paris Match ? Sans rire, un membre de la SDJ avoue : « il y a de quoi se poser la question. »

Paris Match : le poids des mots, le choix des photos
Plan social : dix de perdus, une de retrouvée

« L'affaire Bettina Rheims » n'est qu'une escarmouche de plus dans la bataille que le SDJ livre contre Christian de Villeneuve, nouvel arrivant à la direction. La poigne de fer de ce dernier s'exerce surtout dans l'ordre du respect de certaines exigences, comme celle de Rachida Dati de ne pas utiliser des photos d'enfance confiées aux journalistes par son père… photos qu'avait déjà utilisées l'hebdomadaire dans de précédents reportages. « En un mot, quand ça l'arrange », résume un journaliste. « Quand on voit la veulerie de la direction, on en viendrait presque à regretter le temps d'Alain Genestar, » ironise un journaliste. La possible venue d'Anne Fulda, ancienne compagne de Nicolas Sarkozy et journaliste au Figaro, est également vécue comme un pur acte d'allégeance au pouvoir, un « recrutement imposé » selon les mots du communiqué de presse. Surtout dans les conditions de travail du journal.

Les exigences du groupe Lagardère ont en effet été revues à la hausse : 12,5% de rentabilité par an, « intenable pour un titre de presse », s'indigne un syndicaliste. A moins de transformer le papier en or, une telle croissance nécessiterait, en termes de vente, une Carla Bruni par mois, ce qui est peut-être surestimer les capacités du Président... La direction a donc ouvert un plan de licenciements négociés pour dix journalistes (sur la centaine de rédacteur que compte Paris Match). Résultat : des accords passés au cas par cas qui pourrissent une ambiance déjà peu enviable. Il va encore falloir que Sarko s'en mêle. Il faut tout faire dans ce pays.


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