Résultat 1 - 10 sur 26
Nous ne sommes pas en guerre mais pourtant une rĂ©sistance, plus ou moins secrĂšte, sâest mise en place et se voit grandir avec le temps. Loin dâĂȘtre mĂ©diatisĂ©e, force est de constater quâun certain nombre de rĂ©sistant(e)s sâactivent contre les pouvoirs en place en organisant des mouvements ou des interactions grĂące au web.
De fait, les MOCRIE, Manifestations Obstinées Contre le Régime Illégitime Européen, sont des micro résistances durables contre les pouvoirs illégitimes et les abus de pouvoir.
Quand les pouvoirs en place changent eux-mĂȘmes les institutions, il manque Ă ces institutions la lĂ©gitimitĂ© populaire, source unique de tout pouvoir dĂ©mocratique.
Les institutions européennes (écrites et révisées par des organes non élus et imposées sans référendum) sont donc profondément illégitimes.
Pour se faire entendre et rĂ©vĂ©ler sa lĂ©gitimitĂ©, la MOCRIE de Grenoble aura donc lieu tous les mercredi Ă 18 h, place Grenette, en face de la FNAC (proche de lâĂ©glise saint louis).
Contre le TraitĂ© de Lisbonne et contre tous les âtraitĂ©s constitutionnelsâ, pour que soit dĂ©signĂ©e librement une AssemblĂ©e constituante honnĂȘte et pour que tout traitĂ© soit soumis Ă RĂ©fĂ©rendum. Pour en savoir plus sur cet appel national ou tout simplement en dĂ©battre, il existe un forum Ă cette adresse : Forum de CE CRI
Quelques documents de rĂ©fĂ©rence Ă consulter en ligne :Â
Lâappel national : Cliquez ici
Fichier de références : Cliquez ici
Lâaffiche proposĂ©e : Cliquez ici
Si vous vous sentez concernĂ© par ce mouvement, voici donc le moyen de vous faire entendre grĂące Ă ces protestations hebdomadaires, organisĂ©es Ă date et heure fixes partout en Europe, pour rĂ©sister durablement Ă tous les âtraitĂ©s constitutionnelsâ. Lâappel aux droits du Peuple est donc lancĂ© !
Ătienne Chouard vient de diffuser par mail un document intĂ©ressant (voir aussi son blog) oĂč il nous invite Ă manifester tous les lundis contre la dictature europĂ©enne. Ătienne nous alarme Ă juste raison. Si nous ne rĂ©agissons pas, nous verrons nos libertĂ©s peu Ă peu se rĂ©duire.
Ătienne liste des signaux dâalarme. Je ne les trouve pas assez gĂ©nĂ©riques Ă mon goĂ»t et trop connotĂ©s Ă gauche. De mon cĂŽtĂ©, je dĂ©nonce avant tout la centralisation, cette tentation pour les gens aux pouvoir dâaccaparer toujours plus de pouvoir. Tous les maux quâĂ©voquent Ătienne dĂ©coulent de la centralisation de plus en plus excessive de nos sociĂ©tĂ©s. Quand Monsanto aura toutes les cartes en mains, il fera ce quâil voudra avec les OGM par exemple.
Ătienne pense que nous ne pouvons dĂ©fendre nos libertĂ©s quâen Ă©crivant nous-mĂȘme la constitution. Nous avons souvent Ă©voquĂ© ce sujet ensemble. Jâai tendance Ă me mĂ©fier de la constitution car elle est pour moi centralisĂ©e par principe et elle rĂ©git une organisation centrale. Je vois mal comment elle peut de ce fait garantir nos libertĂ©s. Sa simple existence nâest-ce pas dĂ©jĂ un dĂ©nie de libertĂ© ?
Nous ne pouvons ĂȘtre libres qui si nous minimisons les structures qui nous dĂ©passent. Je suis donc contre tous les traitĂ©s constitutionnels et je voudrais que nous dĂ©centralisions aux maximums les institutions pour les ramener le plus possible Ă notre niveau. Pour exercer nos libertĂ©s et vivre dignement, nous avons besoin de plates-formes de services et non pas de points dâautoritĂ©.
Je ne vais pas parler de la droite qui partout dans le monde, surtout aux Ătats-Unis, milite pour un pouvoir fort, donc central. La gauche, quant Ă elle, ne sâoppose pas Ă la droite. Au contraire, elle propose elle aussi de renforcer la centralisation, donc de rĂ©duire nos libertĂ©s (mĂȘme si tel nâest pas son objectif bien sĂ»r).
Si nous voulons rester libres, si nous voulons gagner plus de libertĂ©, nous devons penser une sociĂ©tĂ© dĂ©centralisĂ©e. Elle ne reposerait pas sur une constitution mais un grand nombre de constitutions qui rĂ©giraient diffĂ©rents secteurs. Elles pourraient dialoguer entre-elles, elles devraient ĂȘtre compatibles mais elles nâauraient pas dâautoritĂ© lâune sur lâautre.
Cette sociĂ©tĂ© dĂ©centralisĂ©e est possible. Elle sâappuie sur un Ă©tat pluriel, une Europe plurielle et non sur un document de nature presque divine et qui aurait plus de force que les anciens livres sacrĂ©s. Au fait nâest-on pas en train de vouloir réécrire le livre des livres avec cette fameuse constitution, tant bien mĂȘme elle serait rĂ©visable Ă tout instant ?
PS : Manifester nâest-ce pas se mettre Ă genoux devant ceux lĂ -mĂȘme quâon dĂ©nonce ? Pour cette raison, manifester nâest pas dans mon code gĂ©nĂ©tique mĂȘme si je convient que la manifestation Ă pour vertu de rassembler, de crĂ©er le dĂ©bat et de compter les forces en prĂ©sence.
Escapade loin du bled, le temps d'une Nuit 68 organisée à Nantes
Au départ, c'est de la faute à Gunthert : invité à une étrange sauterie politico-culturelle à Nantes, il lui ait demandé de trouver des complices pour parler de l'esprit contestataire du net et vlan, me voilà embarquée dans le projet. La Nuit 68 s'est déroulée du 21 au 22 mars, au Lieu Unique et avait pour propos de faire l'inventaire de l'esprit contestataire 40 ans aprÚs le début des troubles conduiront aux événements de mai 68.
Bien sĂ»r l'explique Ă AndrĂ© que je considĂšre que la contestation de clavier, c'est quelque chose de plutĂŽt lĂ©ger, mais d'un autre cĂŽtĂ©, il y a l'idĂ©e de sortir du bled, de rencontrer AndrĂ©, Ătienne Chouard et Mona Chollet et de voir du pays.
Et c'est comme cela que je me retrouve en pleine tempĂȘte, agrippĂ©e Ă mon volant, luttant contre un terrible vent de travers et des trombes d'eau, remontant la VendĂ©e par l'autoroute, parce que la SNCF non plus ne viendra pas chez moi par hasard.
à l'approche de Nantes, le ciel se dégage et j'entre dans la ville par le
sud, empruntant une trÚs large avenue rectiligne qui pénÚtre dans le tissu
urbain jusqu'au centre-ville. Cette arrivĂ©e par le sud est loin d'ĂȘtre
banale : on passe directement de l'autoroute à une sorte de perspective
soviétique assez large pour y accueillir un défilé de chars de l'époque
stalinienne. Mais la comparaison s'arrĂȘte lĂ . Le centre de la voie est
entiÚrement occupé par une ligne de tram-bus qui relie le quartier de
l'Ăle de Nantes avec
le centre historique, comme une artĂšre coronaire irrigue le cĆur. D'arriver par
l'Ăle de Nantes modifie complĂštement la perception de la ville : un espace
super urbain, hérissé de tours et de barres, comme un cauchemar de ZUP, mais
aussi largement desservi en commerces, équipements, transports en commun et
zones de bureau. Un habitat trĂšs dense, mais oĂč rien ne transpire de l'habituel
mal-ĂȘtre des zones suburbaines. Le quartier a l'air moderne, vivant, aĂ©rĂ©
malgré les immeubles... agréable à vivre pour tout dire. L'impression étrange
d'ĂȘtre dans une vraie zone de modernitĂ©, mais sans les stigmates de la
surpopulation et de la relégation géographique.
Bref, une impression trÚs forte, dÚs le départ, la rencontre avec un tissu
urbain à peine effleuré, mais dont je garde la sensation d'un espace pensé pour
ĂȘtre agrĂ©able Ă vivre et fonctionnel.
Sortie de l'Ăźle, le quartier de la gare, lĂ oĂč se trouve mon hĂŽtel. LĂ , c'est vraiment comme tous les quartiers de la gare de toutes les grandes villes que je connais : les boutiques Ă kebab se mĂȘlent aux bars Ă putes et aux sex shops. Pourtant, Ă trois pas de lĂ , autre contraste : un chĂąteau fort que l'on croirait Ă©chappĂ© d'un livre d'images pour enfants. Tout y est, bien soignĂ©, bien propet : les remparts Ă©pais, les douves, le pont-levis, tout. PosĂ© lĂ , au cĆur de la ville, Ă©tat neuf!
Je commence alors une petite ballade de 3 heures dans le centre historique
de la ville. Le plus frappant, c'est la maniÚre dont est organisée la
circulation : de nombreux espaces piétons et de trÚs larges avenues qui
irriguent l'ensemble en transports urbains. En me rapprochant de la Loire, je
verrais mĂȘme un service de Navibus. Des trams, des bus, des
bus-tram. Et une foule
nombreuse, fluide et plutÎt jeune qui s'écoule avec fluidité un peu partout.
Bien sûr, beaucoup de boutiques du centre ont été phagocytées par les grosses
franchises standardisĂ©es, mais l'endroit reste tout de mĂȘme riche d'enseignes
insolites et d'une foultitude de librairies. C'est fou ce qu'il y a comme
librairies dans cette ville, ou alors, j'ai tourné en rond dans le quartier des
bibliophiles... jusqu'Ă tomber sur L'Atalante.
Quiconque est mordu de Science-Fiction comme moi devine ce que j'ai pu
ressentir en découvrant ce lieu mythique au détour d'une ruelle. Détour
interdit. Et je ressors avec un kilo de Bordage et l'espoir que mon banquier aussi aime la
science-fiction...
La nuit tombe lorsque j'arrive au Lieu Unique.
J'y suis passĂ©e en arrivant, sensation d'usine fourmillante, montĂ©e jusqu'Ă
l'open desk du haut oĂč une quarantaine de personnes bossent derriĂšre des
bécanes dans un espace aussi long qu'un terrain de foot. Il y a un joyeux
bordel, une effervescence des grands jours. Je rencontre des gens de l'équipe,
puis Isabelle Schmitt qui nous cornaque depuis des semaines et a tout fait pour
nous faciliter le séjour, aplanissant les difficultés, anticipant les
questions : un trésor d'organisation. Là , elle est juste à la limite du
point d'ébullition, le regard plus cerné qu'un ßlot d'étudiants à un symposium
de CRS... C'est le grand soir tout Ă l'heure... je me sens petite et
encombrante avec
mon sac de tortue ninja qui me force Ă manĆuvrer pour circuler entre les
bureaux sans rien embarquer en passant. D'oĂč la promenade de santĂ© dans
l'aprĂšs-midi.
Le lieu s'est rempli. Il y a des grappes de gens arrimées au bar, des
groupuscules errants entre les différents espaces d'exposition : un haut
lieu de la boboĂŻtude nantaise
m'avait dit Chris (qui commente trĂšs
réguliÚrement ici!) quand je lui avais annoncé ma venue dans sa ville. Je vois
ce qu'il veut dire, le petit cÎté intello de gauche du centre-ville, alter
culturel, ascendant underground... mais cela reste plutĂŽt sympa, entraĂźnant,
trĂšs vivant. Je retrouve Isabelle au premier. On dirait le lapin d'Alice au
pays des merveilles : elle court et virevolte d'un groupe à l'autre et je
n'ai pas envie de tourner boulet. Finalement, elle m'aiguille assez finement
vers la conférence de François Cusset,
une analyse assez intéressante du destin des soixantuitards et de la maniÚre
qu'ils ont eue de s'estimer l'Oméga de la contestation sociale. à mon
étonnement général, la salle est pleine.
Un peu avant l'heure fatidique, je retrouve André Gunthert en train
d'affiner son diaporama pour notre atelier. Arrivent enfin Mona Chollet et
Ătienne Chouard et mon habituel complexe du fumiste embraye. Je guette un
reflet dans l'Ćil de mes interlocuteurs qui trahirait comme un flottement face
à la créature que je me retrouve à mettre en scÚne. Je me fais l'impression
d'un gnome à une réunion de lévriers afghans et je lutte contre une intense
sensation de dédoublement surmontée d'une violente envie de prendre mes jambes
à mon cou. Les gens arrivent. André commence par son exposé sur les images en
ligne, puis nous le rejoignons sur l'estrade pour quelques mots et un embryon
de dĂ©bat. Du coin de l'Ćil, je trouve immĂ©diatement Chris dans le public et me
réjouis de le savoir là . Finalement, c'est à moi de tenir le crachoir et j'ai
l'impression de sortir une diarrhée verbale schizoïde.
Je crois que cela fait trop longtemps que je suis au cul des vaches, au milieu
de nulle part. Juste à la limite de l'agoraphobie. à la fin du débat, je peux
enfin saluer Chris et des lecteurs qui n'Ă©taient peut-ĂȘtre pas lĂ par hasard,
eux... Alors que la conversation embraye bien plus facilement, nous sommes
dispersés, car l'atelier suivant va se lancer. Trop de choses, trop vite, trop
condensé.
Au final, et au bord de l'hypoglycémie aggravée, je me retrouve avec Mona,
monsieur Chollet et Ătienne Chouard Ă bouffer de la vache enragĂ©e (le menu
s'appelle mort aux vaches
... vaste programme !) et à deviser
tranquillement. Enfin, jusqu'Ă ce qu'Ătienne se mette en tĂȘte de me faire
comprendre l'anomalie qui consiste à avoir abandonné la création de monnaie aux
seules banques privées :
Tu comprends, c'est simple : AgnĂšs Maillard a besoin de 100 000 âŹ, donc la banque lui prĂȘte 100 000 ⏠qu'elle n'a pas. Elle crĂ©e donc de la monnaie Ă hauteur de 100 000 âŹ, monnaie qu'elle dĂ©truit au fur et Ă mesure que tu rembourses. Sauf qu'au passage, elle rĂ©cupĂšre les intĂ©rĂȘts qui eux, proviennent de ton travail, de ta sueur. Tu comprends, lĂ ?
Heu... non !
Mais si... bon, je suis l'Ătat et j'ai besoin de 10 milliards d'euros pour construire des logements sociaux. Avant 1973 et la loi scĂ©lĂ©rate de Pompidou, je demandais Ă la banque centrale de me crĂ©er 10 milliards que j'injectais dans l'Ă©conomie en payant les ouvriers, les entrepreneurs et tout ça. Cette masse monĂ©taire Ă©tait ensuite dĂ©truite au fur et Ă mesure que je remboursais et au final, ça ne me coĂ»tait rien, parce que la Banque centrale, c'est moi et que je ne me fais pas payer d'intĂ©rĂȘts. Alors que depuis 1973, je dois emprunter l'argent nĂ©cessaire Ă ma politique aux banques privĂ©es qui non seulement ont le monopole de la crĂ©ation de monnaie - tu te rends compte ! les banques privĂ©es ! - mais qui, en plus, me rĂ©clament des intĂ©rĂȘts. Du coup, la foutue dette dont on nous rabat les oreilles se creuse et on ne paie plus que les intĂ©rĂȘts de la dette, sans mĂȘme s'attaquer au capital ! Et tu sais Ă qui ça profite tout ça?
Heu... non...
Aux capitalistes, aux possĂ©dants, Ă ceux qui ont l'argent : plus l'Ătat s'endette et plus ils sont riches ! LĂ , tu comprends mieux ?
Heu... non... tu sais, déjà , j'aimerais bien comprendre la logique de la compta à double entrée, alors la création de monnaie...
Mais la compta à double entrée, c'est super facile...
LĂ , je crois qu'Ătienne a enfin compris qu'il tenait mon seuil de Peters en otage...
La discussion a repris le lendemain matin au petit-dĂ©jeuner Ă l'hĂŽtel, avec Ătienne et AndrĂ© en plein dĂ©bat, quand j'ai dĂ©barquĂ©, la tĂȘte dans le pĂątĂ©... foutue clim'. La bonne nouvelle, c'est que Mona est encore moins du matin que moi. Dans l'Ă©dition du matin de Ouest-France, il y a ma trombine pour illustrer la nuit 68... une pure escroquerie. Il y a eu des tas d'idĂ©es brillantes et c'est sur moi que ça tombe. Encore le complexe du fumiste... sans compter que la journaliste n'a pas retenu de l'entretien ce que je voulais y mettre. Retranscrire, c'est trahir! Je m'en souviendrais pour mes prochains articles au bled. Je pique le journal pour scanner l'article pour mon pĂšre. Je crois que ce genre de truc lui plaira. Pour ce qui est de l'Ă©quipe du Lieu Unique, c'est moins sĂ»r. Vu le travail qu'ils ont fourni, je me sens un peu moche, lĂ , dans ce journal. Parler encore plus des petites mains qui font les Ă©vĂ©nements. Je note.
On finit par se quitter. Comme d'hab', je me sens Ă chier. Je me dis que j'aurais mieux fait de rester Ă ma place, derriĂšre mon putain de clavier. Mais je ne regrette rien. Ni les 1000 bornes Ă travers la France, ni les brefs Ă©changes entre deux portes, ni l'angoisse de voir le paraĂźtre l'emporter sur l'ĂȘtre. J'espĂšre avoir d'autres occasions de bouger, d'autres rencontres Ă faire, d'autres discussions Ă prolonger jusqu'au bout de la nuit, encore plein d'autres de ces moments oĂč malgrĂ© la fatigue, les angoisses, les complexes, on arrive enfin Ă s'oublier et Ă n'ĂȘtre plus qu'une petite particule d'humanitĂ© qui vibre avec toutes les autres.
Etienne Chouard est un universitaire dont on a beaucoup parlĂ© en particulier au moment du dĂ©bat sur le TCE (rĂ©fĂ©rendum de 2005) Son blog a connu une frĂ©quentation exceptionnelle et certains ont mĂȘme affirmĂ© quâil avait jouĂ© un rĂŽle important dans la victoire du NON.
Etienne Chouard est un universitaire dont on a beaucoup parlĂ© en particulier au moment du dĂ©bat sur le TCE (rĂ©fĂ©rendum de 2005) Son blog a connu une frĂ©quentation exceptionnelle et certains ont mĂȘme affirmĂ© quâil avait jouĂ© un rĂŽle important dans la victoire du NON.âJe passe des dizaines dâheures, et mĂȘme des centaines, avec des Ă©conomistes de renom comme Michel Devoluy, Maurice Allais ou dâautres, qui me permettent dâĂȘtre certain Ă la fois du mĂ©canisme de crĂ©ation monĂ©taire, sur lequel je vais revenir, et de sa nocivitĂ© majeure pour les hommes.
Comment ça marche ? Quand une banque vous prĂȘte de lâargent, elle ne lâa pas. Ou en tout cas, elle ne lâa pas forcĂ©ment. Elle peut le crĂ©er en Ă©crivant dâun cĂŽtĂ© de son bilan : je dois 100 000 euros Ă cette personne Ă qui je prĂȘte de lâargent, et en mĂȘme temps, de lâautre cĂŽtĂ© de son bilan, elle note : et cette personne me doit 100 000 euros un peu plus tard. Donc dans son bilan, câest neutre, câest Ă©quilibrĂ©. Elle a créé de la monnaie.
Ensuite, Ă chaque remboursement, elle dĂ©truit des deux cĂŽtĂ©s du bilan les sommes correspondant au remboursement. Et Ă la fin du plan dâamortissement, la monnaie qui avait Ă©tĂ© créée au moment du prĂȘt a Ă©tĂ© progressivement complĂštement dĂ©truite.
Mais au passage, pendant les remboursements, la banque a prĂ©levĂ© un intĂ©rĂȘt, des sommes considĂ©rables qui peuvent Ă©galer ou dĂ©passer la somme empruntĂ©e, pour le seul travail de suveiller que les remboursements ont bien lieu.
Autrefois, les Etats partageaient avec les banques privĂ©es le droit de crĂ©ation monĂ©taire. Comment faisaient-ils ? LâEtat avait la possibilitĂ© dâemprunter auprĂšs de sa banque centrale et de lui rembourser au fur et Ă mesure de ses recettes. La diffĂ©rence, câest que lâEtat ne payait pas dâintĂ©rĂȘts.
Câest lĂ quâil sâest passĂ© quelque chose dâabsolument majeur. En 1974 a eu lieu la derniĂšre Ă©mission de monnaie par la Banque de France et depuis, lâEtat sâest, de fait, interdit de crĂ©er de la monnaie. ConcrĂštement, il sâest interdit dâemprunter auprĂšs de la banque centrale. Cela a comme consĂ©quence de payer beaucoup plus cher tout ce dont lâEtat a besoin et qui est financĂ© par le crĂ©dit.
Je ne sais pas comment les banquiers ont fait pour obtenir du gouvernement cette espĂšce de hara-kiri monĂ©taire qui consiste Ă se priver soi-mĂȘme dâun pouvoir considĂ©rable et essentiel dans la politique du pays. Ce sabordage monĂ©taire a Ă©tĂ© montĂ© au plus haut niveau du droit, Ă la faveur des âtraitĂ©s constitutionnelsâ, par lâarticle 104 du traitĂ© de Maastricht, devenu lâarticle 123 du traitĂ© de Lisbonne consolidĂ©, qui rend ce sabordage irrĂ©versible, hors dâatteinte des citoyens.
Cette affaire de crĂ©ation monĂ©taire nous coĂ»te 80 milliards par an dâintĂ©rĂȘts pour la France, dont plus de 40 milliards Ă payer par lâEtat. Je voudrais juste quâon mâexplique oĂč est lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral dans cette affaire, quâest-ce quâon a Ă gagner Ă payer 200 ce quâon pourrait payer 100 si lâon avait gardĂ© la crĂ©ation monĂ©taire.â
Etienne Chouard, héros du non au (mini) Traité européen, semble s'égarer.
Je dĂ©couvre avec une certaine stupĂ©faction qu'il apprĂ©cie et relaie une vidĂ©o oĂč le conspirationniste Thierry Meyssan, mille fois discrĂ©ditĂ© pour ses thĂ©ories ubuesques sur les attentats du 11 septembre, est interviewĂ© par le pro-FN/Dieudo, anarchiste d'extrĂȘme droite, xĂ©nophobe, misogyne et homophobe, Alain Soral.
Comme quoi à trop épouser le discours anti-élite, anti-«establishment», anti «média officiels», anti «pensée unique», anti-parlementaire, on en vient à se paumer dans des marécages idéologiques nauséeux...
Erreur de parcours ou évolution naturelle ?
« Thierry Meyssan interrogé par Alain Soral »
http://www.dailymotion.com/video/x3ol2v_thierry-meyssan-par-alain-soral-par_politics
Un entretien passionnant [...] oĂč Thierry Meyssan, animateur du rĂ©seau Voltaire, est interrogĂ© par Alain Soral Ă partir de son dernier livre.
Via http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Liens.php [Entrée n°18]
Ce qui excite sans surprise les antisémites exaltés du réseau putride lesogres...
Permalien: Dérive rouge/brun d'Etienne Chouard ? (Ecrire un commentaire).
Lire la suite: egoblog.net.
J'ai été invité par plusieurs lecteurs à me pencher sur l'accusation que porte l'opposition contre le gouvernement de vouloir profiter de la recodification du Code du travail pour faire passer subrepticement des atteintes majeures aux droits de salariés.
Ces accusations Ă©tant relayĂ©es par des inspecteurs du travail, elles sont revĂȘtues du sceau de l'autoritĂ©. Et si elles Ă©taient avĂ©rĂ©es, ce serait fort grave, car il y aurait une vĂ©ritable forfaiture du gouvernement.
Tout d'abord, qu'est ce que la recodification du code du travail ?
DĂ©solĂ© pour le barbarisme, mais il s'impose. Dans une louable volontĂ© de clarifier le droit, les gouvernements successifs (et cela remonte Ă la IVe rĂ©publique, avec une nette reprise depuis la fin des annĂ©es 80, et une nouvelle accĂ©lĂ©ration depuis 1999) ont dĂ©cidĂ© de compiler des lois et dĂ©crets Ă©pars traitant d'un mĂȘme sujet sous forme de codes. Le droit est inchangĂ©, c'est simplement la loi n°tant de telle date qui devient le Code du Truc et du Bidule. On parle de Codification « Ă droit constant ».
Ne prenez pas cet air lĂ . Je vous assure que le lĂ©gislateur est persuadĂ© que changer un numĂ©ro d'article, et de substituer une date par un nom sans rien changer d'autre, ça simplifie. Et vous voulez voir jusqu'oĂč il pousse sa volontĂ© de simplifier jusqu'Ă l'incomprĂ©hensible ? DĂ©sormais, les codes ne commencent plus par un banal article premier, suivi d'un affligeant article 2[1]. Non. Un Code Ă©tant divisĂ© en livres, titres et chapitres, chaque article commence par un numĂ©ro Ă trois chiffres, les centaines indiquant le numĂ©ro du livre, les dizaines celui du titre, et les unitĂ©s celui du chapitre; suit un tiret et le numĂ©ro d'ordre dans la section. Par exemple, le mouvement insurrectionnel est dĂ©fini Ă l'article 412-3 du Code pĂ©nal : il s'agit du 3e article du chapitre 2 ("Des autres atteintes aux institutions de la RĂ©publique ou Ă l'intĂ©gritĂ© du territoire national") du titre premier (" Des atteintes aux intĂ©rĂȘts fondamentaux de la nation") du livre 4 (" Des crimes et dĂ©lits contre la nation, l'Etat et la paix publique") du Code pĂ©nal. Alors qu'avant, c'Ă©tait l'article 97 du code pĂ©nal. Ce n'Ă©tait vraiment pas clair.
Ainsi, les nouveaux codes commencent tous au numĂ©ro 111-1. Car c'est plus clair comme ça. Ha, et pour simplifier encore plus, on ajoute devant le numĂ©ro une ou deux lettres qui indiquent si les dispositions relĂšvent du domaine de la loi organique (LO) loi (L), du dĂ©cret en conseil d'Etat (R., pour rĂšglement au sens de l'article 37 de la Constitution), du dĂ©cret en Conseil des ministres (D), de l'arrĂȘtĂ© ministĂ©riel (A) ou de la circulaire (C). Sauf dans le code pĂ©nal, car il n'y a pas de simplification digne de ce nom sans exceptions arbitraires.
Et c'est ainsi que la loi du 11 mars 1957 est devenue le code de la propriĂ©tĂ© intellectuelle par la loi du 1er juillet 1992 (ce qui n'empĂȘche de nombreux Ă©diteurs de promettre les dix enfers du Feng Du Ă ceux qui copieraient cette Ćuvre en violation de la loi de 1957), et que l'ordonnance du 2 novembre 1945 est devenue le Code de l'EntrĂ©e et du SĂ©jour des Ătrangers et du Droit d'Asile (CESEDA) par l'ordonnance du 24 novembre 2004. Ordonnance, car une loi de 1999 permet au gouvernement, pour faciliter ce mouvement de codification, de procĂ©der par ordonnances pour opĂ©rer ces codifications, Ă condition qu'elles soient Ă droit constant, c'est Ă dire qu'elles ne changent rien Ă l'Ă©tat du droit. Une loi postĂ©rieure doit ratifier cette ordonnance, ce qui permet au parlement d'exercer un contrĂŽle sur cette action du gouvernement.
Ce mouvement de "simplification" ne s'arrĂȘte pas lĂ . Dans sa furie simplificatrice, des codes dĂ©jĂ existants sont recodifiĂ©s, c'est Ă dire qu'on réécrit les articles, on les dĂ©coupe ou les recoupe, et on y inclut des lois autonomes que le lĂ©gislateur d'alors n'avait pas pris la peine d'intĂ©grer dans un code. Ce fut le cas du Code de commerce en 2000, et c'est le cas du code du travail aujourd'hui. Attention : le code pĂ©nal entrĂ© en vigueur le 1er mars 1994 n'est pas une recodification, c'Ă©tait bien un nouveau code pĂ©nal, réécrit depuis le dĂ©but (et une vraie rĂ©ussite de simplification, hormis cette stupide numĂ©rotation Ă rallonge). Cette "simplification" consiste Ă réécrire le plan du code, Ă remplacer la numĂ©rotation par une numĂ©rotation Ă 4 chiffres (avec une division en partie au dessus du livre) et Ă couper les articles trop longs, ce qui fera passer le code de 1800 Ă 3500 articles. Ce travail de simplification, pour ĂȘtre parfaitement compris, s'accompagne d'un mode d'emploi... de 33 pages rĂ©alisĂ© par le ministĂšre du travail. Je vous jure que je n'invente rien.
Alors, ces prolégomÚnes étant enfin achevés, y a-t-il réforme sous couvert de codification à droit constant ?
Voyons les arguments présentés à l'appui de cette accusation.
Le blog "Un strapontin Ă l'AssemblĂ©e Nationale", tenu par un journaliste permanent auprĂšs de la chambre basse, fait un trĂšs utile compte-rendu de la sĂ©ance mouvementĂ©e (et qui a agacĂ© Authueil) oĂč le fer a Ă©tĂ© portĂ©. Alain Vidalies, dĂ©putĂ© du groupe Socialiste, radical, citoyen et divers gauche, dit "ratissons large", dĂ©putĂ© de la 1e circonscription des Landes, et avocat ce qui ne gĂąche rien, donne trois exemples, repris d'un argumentaire du syndicat FSU.
Il y en a deux qui, je le dis tout de gob, sont Ă la limite du ridicule.
La premiĂšre : les dispositions sur le temps de travail passeraient de la partie consacrĂ©e Ă la santĂ© du salariĂ© Ă celle consacrĂ©e Ă la rĂ©munĂ©ration. C'est dĂ©battre de quelle Ă©tagĂšre doit recevoir un bibelot. Le bibelot lui mĂȘme reste inchangĂ©.
La deuxiÚme : dans la définition des compétences des inspecteurs du travail, on aurait remplacé les mots "inspecteurs du travail" par "autorité administrative compétente", ce qui désigne le directeur départemental du travail, qui ne bénéficie pas des garanties des inspecteurs du travail. Cette affirmation est erronée : il n'est que de lire les articles L.8112-1 et suivants du nouveau code du travail.
La troisiĂšme, qui est la seule vraiment juridique : le nouveau code distinguerait dĂ©sormais entre les licenciements de moins de dix salariĂ©s et de plus de dix salariĂ©s pour faire bĂ©nĂ©ficier de la prioritĂ© au rembauchage. En effet, dans le cas d'un licenciement pour motifs Ă©conomiques, le salariĂ© licenciĂ© bĂ©nĂ©ficie s'il en fait la demande d'une prioritĂ© de rembauchage pendant un an : tout nouveau poste créé dans l'entreprise et compatible avec sa qualification doit lui ĂȘtre proposĂ© en premier. Or dans le nouveau code du travail, les rĂšgles applicables aux licenciements pour motifs Ă©conomiques de moins de dix salariĂ©s en l'espace de trente jours, et Ă ceux de dix salariĂ©s ou plus en trente jours ont Ă©tĂ© sĂ©parĂ©s en deux sections distinctes. Et la prioritĂ© de rembauchage est prĂ©vue Ă l'article L.1233-45 nouveau, qui figure dans la section consacrĂ©e aux licenciements "10+". Conclusion de l'honorable parlementaire : cette prioritĂ© ne s'applique plus aux licenciements de moins de 10 salariĂ©s, ce qui est un changement du droit.
Et là encore, ça ne tient pas. Car la section consacrée aux licenciements de moins de dix salariés contient un article L.1233-16 qui renvoie expressément à l'article L.1233-45 sur la priorité de rembauchage, qui s'y applique donc bel et bien.
L'opposition s'Ă©meut encore de la transhumance d'environ 500 dispositions de la partie lĂ©gislative Ă la partie rĂ©glementaire, partie qui peut ĂȘtre modifiĂ©e par un dĂ©cret du gouvernement. LĂ encore, il n'y a rien de scandaleux ni d'anormal. La constitution dĂ©finit prĂ©cisĂ©ment le domaine de la loi (art. 34) et prĂ©voit que tout ce qui ne rentre pas dans ce domaine relĂšve du pouvoir rĂ©glementaire, c'est Ă dire du dĂ©cret. Si une loi contient des dispositions qui relĂšvent en fait du dĂ©cret, la disposition reste valable (alors qu'un dĂ©cret qui empiĂšte sur la loi est nul) mais sera traitĂ©e comme si elle avait Ă©tĂ© prise par un dĂ©cret et pourra ĂȘtre modifiĂ©e par un acte rĂ©glementaire. C'est ainsi que le gouvernement Villepin avait escamotĂ© Ă la va-vite la disposition traitant du rĂŽle positif de la colonisation votĂ©e par un dĂ©putĂ© qui aime son prochain s'il aime les femmes : il avait demandĂ© au Conseil constitutionnel de constater que cette disposition Ă©tait en fait rĂ©glementaire et non lĂ©gislative, puis l'avait abrogĂ© par dĂ©cret. Cette requalification est donc conforme Ă la Constitution ; ajoutons que l'accusation de vouloir les modifier discrĂštement par dĂ©cret relĂšve du pur procĂšs d'intention, et qu'en outre cette requalification permettra Ă toute personne concernĂ©e, Ă commencer par les syndicats, de contester la lĂ©galitĂ© de ces modifications devant le Conseil d'Etat, ce qui est tout de mĂȘme une meilleure protection que l'impuissance de l'opposition au parlement.
Bref, pour le moment, mais le débat reste ouvert, je n'ai pas découvert une modification du code du travail entre les deux textes.
Et, in cauda venenum, cette stratégie qui consiste à profiter de la complexité d'une réforme impossible à appréhender pour le grand public pour lui faire dire ce qu'elle ne dit pas et tenter d'effrayer l'opinion publique en affirmant que c'est la Géhenne, me rappelle de douloureux souvenirs référendaires. Et ça marche : les Don Quichotte habituels qui voient un géant dÚs lors qu'ils ne comprennent pas un texte ont déjà enfourché Rosinante...
[1] Seuls rescapés à ce jour : le Code civil, le code de procédure pénale et le code général des impÎts.
Dormez en paix, braves gens ! GrĂące au « traitĂ© simplifiĂ© » de Lisbonne, lâEurope va enfin sortir de lâimpasse ! Que de propos lĂ©nifiants ou simplement satisfaits nâavons-nous pas entendus ces derniers temps sur lâaccord de la haute caste politique europĂ©enne qui sâest rĂ©unie Ă Lisbonne ! Avant de ne plus rien entendre du tout, dâailleurs, lâaffaire semblant pliĂ©e, classĂ©e, enterrĂ©e. OubliĂ©e des mĂ©dias. Et rĂ©signĂ©s les citoyens. Comme quoi une bonne dĂ©localisation et quelques mots qui changent suffisent Ă accomplir un beau tour de passe-passeâŠ
Un instant, jâai cru Ă la « simplification » lisboĂšte. Je m’attendais Ă un texte court et ayant tenu compte des dĂ©bats nourris dâavant le rĂ©fĂ©rendum. Mais jâai Ă©tĂ© surpris en allant voir de quel texticule avaient accouchĂ© nos « sages » ou nos patrons politiques de lâEurope, ou les deux, Ă moins que ce ne soient les mĂȘmes ? 250 pages ! Et encore plus dur Ă se fader que le prĂ©cĂ©dent ! Le pire est dans la rĂ©ponse Ă la question suivante : Quâest-ce donc qui change entre le feu projet de TraitĂ© Constitutionnel EuropĂ©en (TCE) et le nouveau projet de TraitĂ© Modificatif EuropĂ©en (TME) ?
Sur le fond, rien ! Câest Giscard lui-mĂȘme qui le dit avec le culot dâun vieux filou de la politique (Le Monde du 26 octobre) : « les outils sont exactement les mĂȘmes, seul lâordre a Ă©tĂ© changĂ© dans la boĂźte Ă outils ». Citons encore Giscard dont le mĂ©rite est dâavancer sans masque dans cette vaste entreprise de confiscation dâune dĂ©cision qui devrait revenir aux citoyens â et qui leur Ă©tait dĂ©jĂ revenue le 29 mai 2005 : « Le traitĂ© de Lisbonne se prĂ©sente ainsi comme un catalogue d’amendements aux traitĂ©s antĂ©rieurs. Il est illisible pour les citoyens, qui doivent constamment se reporter aux textes des traitĂ©s de Rome et de Maastricht, auxquels s’appliquent ces amendements. »
Vaut-il mieux en rire ? Le TCE Ă©tait ainsi lisible, mĂȘme si ni facile ni marrant Ă lire, et câest bien parce quâun grand nombre de Français ont fait lâeffort de le lire quâils lâont refusĂ© par rĂ©fĂ©rendum avec le net rĂ©sultat que lâon sait ! La manĆuvre est presque comique : rendons le texte illisible (sinon des seuls spĂ©cialistes) pour Ă©viter de la faire voter par ces lecteurs imprĂ©visibles que sont les Ă©lecteurs ! Restons entre “gens qui savent”, experts ou politiques, pour lâadopter avec enthousiasme et dormez tranquilles, braves gens, on sâoccupe de toutâŠ
Ce transfert de la dĂ©cision dans la caste des politiques, certes Ă©lus, et de leurs experts affidĂ©s est une confiscation qui signe la mort de la dĂ©mocratie fondĂ©e sur le suffrage universel direct. Une caste inamovible, droite et gauche assurant un dĂ©bat de surface, assoit ainsi son rĂšgne sur les citoyens. Je suis allĂ© voir un peu ce fameux texticule de Lisbonne et les analyses de cet irrĂ©ductible gaulois quâest Etienne Chouard. Lui, il parle dâarnaque. Sur le fond en effet, rien de changĂ© dans le TME sinon le bizarre abandon des symboles forts et fĂ©dĂ©rateurs que sont (et resteront, je lâespĂšre) le drapeau europĂ©en et lâHymne Ă la joie. Il faut aussi relever la suppression des vocables « constitution » et « constitutionnels », sans doute pour attĂ©nuer lâaspect « gravĂ© dans le marbre » que confĂ©reraient ces mots Ă nâimporte quel texteâŠ
Sinon, rien nâa changĂ© exceptĂ© la maniĂšre de dire la mĂȘme chose. Giscard le confirme en donnant quelques exemples. Ainsi, l’expression qui fĂąche “concurrence libre et non faussĂ©e” disparaĂźt bien de lâarticle 2 du TCE pour ressusciter dans une annexe sous la forme : “le marchĂ© intĂ©rieur, tel qu’il est dĂ©fini Ă l’article 3 du traitĂ©, comprend un systĂšme garantissant que la concurrence n’est pas faussĂ©e”⊠Et hop, Europe libĂ©rale nous y revoilĂ âŠ
Sur la question de l’adoption du texte, Sarkozy, mais pas seulement lui, a donc dĂ©cidĂ© de squeezer la validation du TME par les citoyens. Il Ă©tait pourtant lĂ©gitime et logique que la « modification » soit validĂ©e ou non par les urnes, de la mĂȘme maniĂšre que pour le texte initial. Or, en tel contexte, renoncer Ă lâonction du suffrage universel revient Ă changer les rĂšgles du jeu en cours de partie. Autrement dit, câest de la triche en plus du dĂ©ni de dĂ©mocratie que cela signifie. Cette manĆuvre aurait pourtant pu redonner la main Ă lâopposition et particuliĂšrement au Parti socialiste. Or, Ă quelle pantalonnade avons-nous assistĂ© ?
Le Bureau national du PS a donnĂ© quitus Ă Sarkozy en approuvant et le TME de Lisbonne et sa ratification par voie parlementaire par 36 voix contre 20 et quelques abstentions. Or, quand on relit les propositions du PS et de sa candidate sâengageant devant les Ă©lecteurs, il y a de quoi tomber de sa chaise : « NĂ©gocier un traitĂ© institutionnel soumis Ă rĂ©fĂ©rendum pour que lâEurope fonctionne de maniĂšre plus dĂ©mocratique et plus efficace » (Proposition 91 du Pacte prĂ©sidentiel de SĂ©golĂšne Royal) et « Nous proposons lâĂ©laboration dâun traitĂ© strictement institutionnel [âŠ] Une fois renĂ©gociĂ© un tel traitĂ© sera soumis au peuple par rĂ©fĂ©rendum » (Relancer lâEurope, in Projet socialiste).
Je sais bien quâune certaine plasticitĂ© est nĂ©cessaire en politique et que tout dogmatisme est mortifĂšre (mais en lâespĂšce, il ne sâagit nullement de positions dogmatiques). Mais lĂ , il y a de quoi rire, histoire de conjurer un fort sentiment de trahison en considĂ©rant le comique de situation ! Il y a aussi de quoi rager devant une faute stratĂ©gique Ă©tonnante : la revendication dâun rĂ©fĂ©rendum (nullement gagnĂ© Ă lâavance, pas plus pour les anciens « nonistes » que pour les anciens « oui-ouistes ») eut permis de reprendre la main face Ă un Sarkozy omniprĂ©sent. Mais la dĂ©fense du principe dâun rĂ©fĂ©rendum, Ă peine amorcĂ©e par Fabius, MĂ©lenchon et quelques autres, a Ă©tĂ© Ă©touffĂ©e par cette dĂ©cision de conclave socialiste.
Le bon sens, pour un parti qui sâĂ©tait clamĂ© exemplaire en organisant un rĂ©fĂ©rendum interne sur le TCE, eut pourtant commandĂ© de revendiquer un nouveau rĂ©fĂ©rendum, ne serait-ce que dans lâexigence habituelle Ă gauche du respect de la dĂ©mocratieâŠ
Le PS a ratĂ© une occasion, peut-ĂȘtre en prĂ©fĂ©rant parier sur la rĂ©cupĂ©ration des mouvements sociaux plutĂŽt que sur le dĂ©bat institutionnel et europĂ©en. Dans le genre justification grand-guignolesque, on a entendu -entre autres- Vincent Peillon, ancien partisan du non, Ă©noncer cette argutie dont la subtilité dialectique mâĂ©chappe : « Je crois que la bonne solution, et je le dis en tant que partisan du non, c’est de dire oui, aux conditions du oui socialiste, qui n’est pas le mĂȘme que le oui de Sarkozy. Cela avait du sens de dire non en 2005, il y avait un plan B, vous l’avez vu, Nicolas Sarkozy a renĂ©gociĂ© le traitĂ©. Mal, mais il l’a renĂ©gociĂ©, c’Ă©tait donc possible. » (sur France-Inter, lundi 12) Pour la peine, ce brave garçon qu’on a connu mieux inspirĂ© se voit dĂ©cerner une fraise d’honneur bien acide pour cette acrobatie clownesque !
Globalement, on prĂ©fĂšre donc au PS enterrer le dĂ©bat et jouer petit bras, en remettant Ă plus tard une possible amĂ©lioration des institutions communautaires quand la droite nây sera plus… Et Ă©viter dans lâimmĂ©diat de « se diviser », du moins au grand jour. Et se concentrer sur ces objectifs prioritaires que sont les prochaines municipales et cantonales. Il sâagit de faire vivre ou plutĂŽt survivre la boutique.
Dans cette optique, Clochemerle envahit tout l’horizon et l’Europe devient soudain un continent bien lointain. Mais quâon ne sâĂ©tonne pas ensuite si la boutique socialiste est de moins en moins frĂ©quentĂ©eâŠ
C'est Nicolas J qui a ressorti un truc chez Etienne Chouard, qui a repris un .pdf qui est la version longue d'un article publié sur Betapolitique en Juin et dont je vous avait briÚvement parlé à cette époque. Tout cela vous allez le voir, va faire plaisir au Medef, et aux débiles qui pensent que le code du travail est un obstacle à la croissance, alors que j'ai déjà expliqué que c'était un problÚme d'intelligence collective et de management à la sauce 19iÚme siecle. Chose confirmé par des économistes en tout genre ( cf Thomas Philippon). On en conclue qu'il faut inventer de nouvelles formes de gestion des entreprises. Bizarrement ce débat là n'intéresse pas trop mes lecteurs, c'est dommage par ce que c'est le noeud du problÚme. Sur un sujet connexe je ne peux que vous conseiller que de lire Marianne qui nous parle des "fils de".
Voici donc ce que je notais en Juin:Ajoutons que grĂące Ă la loi du 31/03/05, le salariĂ© pourra mĂȘme dĂ©passer ces 57h moyennant une « majoration de salaire » que le patron pourra dâailleurs ne pas verser de suite grĂące au compte Ă©pargne-temps (L.227-1 du CT) prĂ©vu par la loi du 19/1/00. Allons, encore un effort et nous pourrons concurrencer les ouvriers chinois.
En effet un ancien inspecteur du travail, Richard Abauzit, a fait une
analyse complÚte des modifications du code du travail. Cela a aussi été fait
par Gérard Filloche qui publie un article dans le sarkophage, nouveau magazine.
Tout cela s'est fait en silence, sans débat public alors que cela
concerne 16 millions de salariés! Il y'a la un déni de démocratie
grave, nul besoin de réformer la constitution pour permettre le travail en
commission, il suffit de demander à l'assemblée de voter ce qu'il faut, pour
transférer les débats dans des commissions hors assemblées, ce qui est encore
pire. Tout cela a été rendu possible par une ordonnance.
Honte aux syndicats qui n'ont rien fait, rien dit, pas fait de bruit ni de
bordel, honte aux partis de gauche, Ă la LCR et aux autres: tout le monde dans
le mĂȘme sac. lâarticle 57 de la loi° 2006-1770 du 30 dĂ©cembre 2006 : « Dans
les conditions prévues par l'article 38 de la Constitution, le Gouvernement est
autorisé à procéder par ordonnance à l'adaptation des dispositions législatives
du code du travail Ă droit constant, afin d'y inclure les dispositions de
nature législative qui n'ont pas été codifiées, d'améliorer le plan du code et
de remédier, le cas échéant, aux erreurs ou insuffisances de codification
»).
Technorati Tags: banana republic, MEDEF, sarkozy, Travail, UMP